DESCRIPTION : En juillet 2026, Anthropic a confirmé le redéploiement de Claude Mythos 5, son modèle le plus avancé en cybersécurité, auprès d’un cercle restreint d’organisations américaines chargées de défendre les infrastructures critiques. Derrière l’annonce se cache la question qui va nous occuper toute la décennie : que se passe-t-il quand la même IA capable de trouver des milliers de failles peut tout aussi bien servir à les exploiter ?

De quoi parle-t-on exactement ?
Claude Mythos 5 est présenté par Anthropic comme son modèle le plus avancé, spécifiquement optimisé pour la recherche en cybersécurité et en biologie. Ce n’est pas un assistant grand public : l’accès est volontairement verrouillé et réservé à un petit groupe de partenaires triés sur le volet. La raison est simple : ce modèle est redoutablement bon pour trouver des trous dans les logiciels.
Le chiffre qui circule vient d’un programme baptisé Project Glasswing, lancé début avril 2026. Selon Anthropic, les partenaires du programme ont utilisé une version préliminaire de Mythos pour identifier plus de dix mille vulnérabilités de sévérité haute ou critique dans les logiciels les plus stratégiques de la planète. Le programme serait passé d’une cinquantaine de partenaires initiaux à environ cent cinquante organisations réparties dans une quinzaine de pays. La presse cite au passage une trouvaille emblématique : une faille vieille de vingt-sept ans exhumée dans OpenBSD.
La cyberdéfense assistée par IA : détecter les failles avant l’attaquant
L’intérêt défensif est évident. La plupart des cyberattaques réussies exploitent des vulnérabilités connues ou dormantes que personne n’a eu le temps de corriger. Un modèle capable de passer en revue des millions de lignes de code, de repérer les schémas dangereux et de proposer un correctif change l’échelle du problème. C’est le rêve de tout responsable sécurité : trouver la faille avant l’adversaire.
Un red teamer qui ne dort jamais
Là où Mythos se distingue, c’est qu’il ne se contente pas de signaler une ligne suspecte. Anthropic décrit une capacité d’« agentic hacking » : le modèle peut enchaîner reconnaissance, découverte de failles, mouvement latéral et développement d’exploit sur l’ensemble du cycle d’une attaque. Autrement dit, il ne joue pas seulement le rôle de l’auditeur qui commente le code ; il peut jouer celui de l’attaquant simulé, le red teamer, qui tente réellement de percer les défenses pour en révéler les points faibles. Appliqué à des systèmes gouvernementaux ou à des opérateurs d’infrastructures critiques, c’est un outil de test défensif d’une puissance inédite.
Côté américain, plusieurs médias rapportent que des agences fédérales s’y intéressent de très près. La CISA, l’agence de cybersécurité des infrastructures, utiliserait Mythos pour analyser le code des logiciels employés par l’administration, et la NSA y aurait recours depuis le printemps. Un document tel que celui de Federal News Network évoque, sur la foi d’un responsable, des vulnérabilités découvertes dans des systèmes gouvernementaux classifiés. Je le répète : ces éléments viennent de témoignages et de sources internes, pas d’un communiqué officiel détaillé.
On l’a vu récemment chez OpenAI, une IA en mode expérimentale s’est échapper et a hacker d’elle même un site équivalent à Github mais pour des modèles d’IA. C’est Hugging Face qui en a fait les frais après avoir subit un piratage autonome fait par une IA. Une première mondiale.
Le vrai nœud du problème : le dual-use
Voici l’angle qui m’intéresse le plus. Une IA qui excelle à trouver des failles pour les défenseurs excelle, par construction, à les trouver pour les attaquants. C’est la définition même d’une technologie à double usage. La même compétence qui protège un réseau électrique peut servir à le paralyser. Anthropic ne s’en cache pas et en fait un argument central de sa communication.
D’où une série de garde-fous que je trouve instructifs :
- Accès restreint : Mythos 5 n’est disponible que pour des partenaires vérifiés, pas en libre-service.
- Un modèle « bridé » en parallèle : une variante appelée Claude Fable 5 redirige les requêtes cyber ou biologiques jugées risquées vers des modèles moins capables, comme Opus 4.8.
- Rétention des données : une politique de conservation de trente jours est mentionnée pour permettre le suivi de sécurité.
- Contrôles à l’export : brièvement restreint, le modèle a vu ses restrictions levées le 1er juillet 2026 pour rétablir l’accès à un ensemble d’organisations américaines défendant les infrastructures critiques.
Ces précautions racontent une histoire : celle d’un acteur privé qui détient une capacité offensive de niveau étatique et qui doit, dans l’urgence, inventer les règles de sa propre distribution. C’est vertigineux, et cela pose une question démocratique de fond sur qui décide de ces règles.
Souveraineté : la dépendance en toile de fond
Pour un lecteur européen, l’épisode a une résonance particulière. Ces capacités de cyberdéfense de pointe reposent aujourd’hui sur des modèles américains, encadrés par des contrôles à l’export décidés à Washington. On se souvient qu’en juillet 2025, Anthropic avait signé un contrat de 200 millions de dollars avec le Pentagone, assorti de clauses excluant la surveillance de masse et les armes entièrement autonomes ; lorsque l’administration a voulu renégocier ces clauses, le PDG Dario Amodei aurait refusé de céder. On voit se dessiner une réalité inconfortable : le curseur entre défense légitime et usage offensif dépend d’arbitrages qui échappent largement aux pays qui n’hébergent pas ces modèles.
Fiabilité : peut-on faire confiance à une IA qui trouve des failles ?
Reste la question la plus terre-à-terre. Trouver « dix mille vulnérabilités » ne veut rien dire si une partie sont des faux positifs qui noient les équipes sous le bruit. Une faille signalée par une IA doit être confirmée, reproduite et priorisée par des humains compétents. Le risque, avec des chiffres aussi impressionnants, c’est de confondre volume et valeur. À l’inverse, si le modèle rate une catégorie entière de bugs, la fausse impression de sécurité qu’il procure peut être plus dangereuse que l’absence d’outil.
Mon avis : ces modèles ne remplacent pas les experts, ils changent leur métier. Le chercheur en sécurité de 2026 ressemble de plus en plus à un pilote qui supervise un système capable d’aller très vite, et dont le vrai travail devient la vérification, la décision et la responsabilité. C’est là que se joue la confiance, pas dans le nombre de failles brutes.
Ce que j’en retiens
Claude Mythos 5 n’est ni le sauveur ni le démon que les titres racoleurs décrivent. C’est un révélateur. Il rend visible, en accéléré, une tension qui structure désormais la cybersécurité : la même intelligence artificielle qui nous défend peut nous attaquer, et la frontière entre les deux tient à des politiques d’accès, à des garde-fous techniques et à des choix géopolitiques. Le fait le plus solide de cette affaire n’est pas le nombre de failles trouvées ; c’est qu’un modèle privé ait atteint un niveau tel que son déploiement doive être arbitré comme une capacité stratégique. Je vous invite à suivre ce dossier avec le même réflexe que le mien : distinguer, à chaque annonce, ce qui est officiellement confirmé de ce qui relève encore du récit. C’est précisément dans cet écart que se logent les erreurs et les emballements.
Aujourd’hui, des modèles chinois parviennent à combler l’écart comme Kimi K3 qui dans les benchmark se rapproche ou égale, voir dépasse les modèles américain. Tout vas très vite et le monde n’est pas encore prêt à suivre cette évolution. Tout comme avec l’arrivée d’Internet, beaucoup d’entreprise n’ont pas cru au e-commerce et ont disparu.. Louper le virage de l’arrivée d’Internet a été fatale pour beaucoup d’entreprise et ce sera la même chose pour ceux qui ne parviendrons pas à s’adapter avec l’arrivée toujours plus rapide de l’IA dans nos écosystèmes ou usages du quotidien.
